Démarche nutrition et environnement reconnue par les ministères de l'agriculture et de la santé.

Une journée à Tallin au congrès européen des scientifiques en production animale, avec Nathalie Kerhoas

Lundi 28 août dernier, Bleu-Blanc-Cœur était invitée par l’EAAP, congrès européen des scientifiques en production animale. Nathalie Kerhoas, directrice de l'Association Bleu-Blanc-Coeur, s'est donc rendue à Tallin (en Estonie) pour témoigner de la démarche Bleu-Blanc-Coeur.

Elle vous raconte son voyage et partage avec vous les enseignements tirés de ce congrès :


Lundi 28 août dernier, Bleu-Blanc-Cœur était invitée par l’EAAP à témoigner de sa démarche à l’occasion d’un workshop sur le thème « how can the animal production sector contribute to food integrity in the food chain ? ».

Le congrès de l’EAAP réunissait plus de 1.000 scientifiques au travers de l’Europe. Tous ont pour mission d’abonder la science avec de nouvelles connaissances en matière de production animale. 


Au cœur du congrès scientifique, la question centrale du consommateur !

Les scientifiques ont organisé cette session pour réfléchir collectivement à comment la recherche doit s’adapter pour répondre aux nouvelles tendances observées dans les filières agricoles et agro-alimentaires ; et en quoi ils peuvent accompagner les filières dans leur stratégie de différenciation et de valorisation à répondre à ce fichtre bien compliqué consommateur !

  • Les productions agricoles décriées et sur la tangente…

Collectivement, ils ont constaté que le monde de la production animale souffrait en Europe. Ce secteur pèse lourd dans notre économie et a jusqu’ici mobilisé beaucoup de matières grises pour faire avancer les connaissances et les techniques pour produire plus au moindre coût. La recherche de la productivité et de la performance étaient jusqu’ici les moteurs de croissance de l’économie et le principal centre d’intérêt de la recherche.

Ainsi, nous avons pu drastiquement baissé la part de notre budget alimentaire qui n’est plus aujourd’hui que de 14% du budget de ménages en France (une chercheuse norvégienne nous a même alerté sur le fait que ce budget n’est que de 9% chez elle).

Autre consensus affiché avec beaucoup de force : oui, les productions agricoles doivent aller vers plus de durabilité et plus de bien-être animal. C’est une évidence… Mais avec cette course à la productivité, on a tellement réduit nos marges de manœuvre et nos moyens de faire évoluer les pratiques agricoles, qu’il est aujourd’hui très compliqué de s’y atteler simplement.

  • Est-ce l’heure de sonner le glas pour les productions animales ?

A en croire l’inventaire dresser par Ellen GODDARD (chercheur de l’université de Manitoba, Canada), les professionnels de l’agroalimentaire en Amérique du Nord se sont essayés à revaloriser l’image des productions animales. Mais rien n’y fait…

La viande n’est plus le plat principal de l’assiette. Il ne s’agit plus que d’un accompagnement d’une recette Thai ou d’un bel assortiment de légumes cuisinés.

Les entreprises de l’agro-alimentaire n’arrivent plus à vendre leurs produits carnés. Ils n’ont plus d’autres choix que de formuler des substituts de viandes (steaks végétaux, boulettes végétales…) qu’ils vendent bien plus facilement et finalement avec nettement plus de valeur ajoutée. Ces produits ont pris la place « cœur de rayon » dans les supermarchés et c’est ainsi…

Au Danemark, ils ont lancé un label « animal welfare » avec 3 niveaux d’engagements. Ils ont pu mesuré qu’avec le niveau le plus fort d’engagement (la 3ème étoile), le consommateur pouvait payer jusqu’à 80% plus cher son produit. Mais ce consommateur ne courre pas les rues danoises car à ce jour 95% de la production est dite conventionnelle (sans engagement additionnel pour l’environnement ou les conditions de vie des animaux).

En tout état de cause, la filière agricole a pris conscience que nous devions rationnaliser nos apports alimentaires en passant d’un ratio 70/30 à 50/50 en ce qui concerne la part des protéines végétales / animales dans nos assiettes occidentales. C’est un fait et globalement la part des produits animaux dans nos assiettes diminue.

Et puis, en agriculture nous souffrons de cette incapacité à porter collectivement des projets. Nous sommes figés sur notre savoir-faire (finalement toujours bien meilleur que celui de notre voisin). Nous sommes des taiseux… Et pendant ce temps, d’autres occupent la toile. Cette minorité que représente l’idéologie vegan a inondé la toile d’informations qui définitivement assassinent nos éleveurs et nos productions animales…. Et nous sommes impuissants face à cela.

  • Un consommateur rationnel (à sa manière…)

Alors faut-il imaginer que demain nous serons tous végétariens ? A priori non, c’est même une évidence… Selon Ellen Goddard, le consommateur recherche du sens et de la naturalité dans son alimentation. Et c’est heureux… Finalement, entre un steak végétal (processé industriellement) ou un steak de bœuf issu d’animaux nourris à l’herbe (avec une empreinte environnementale très favorable), le consommateur canadien opte pour le steak de viande de bœuf car dans sa logique, c’est bien plus naturel et cohérent !

Cette logique du consommateur interpelle nos scientifiques. Jean-Louis Peyraud (INRA) a excessivement bien résumé cette approche de rationnalité qu’aurait et le scientifique et le consommateur. Mais visiblement il n’y a pas de convergence entre eux.

3 exemples qui interpellent nos scientifiques (hommes et femmes de chiffres et de données par excellence) :

  • La consommation de viande : alors que les chercheurs européens ont dressé le consensus que pour des raisons de santé la viande est importante dans notre alimentation et que dans nos pays occidentaux nous n’en consommons en moyenne pas de manière excessive, le consommateur a en tête, juge pertinent et réduit donc drastiquement la viande dans ses assiettes.

  • Les circuits-courts : les spécialistes des analyses de cycle de vie vous produisent des données éloquentes sur l’impact environnemental des produits agricoles. Factuellement, en matière environnemental, il vaut mieux importer un poulet brésilien que de choisir un bon poulet label rouge nourri aux bons grains de chez nous. Pourtant, et surement heureusement, le consommateur associe le local, les filières courtes à quelque chose de vertueux pour l’environnement.

  • La filière « bio » : alors que les scientifiques publient régulièrement de nouvelles données prouvant que le mode de production biologique est en matière d’impact CO2 moins disant que la production conventionnelle ; qu’en matière de santé la filière biologique n’apporte pas de bénéfices nutritionnels avérés versus une production standard…. Rien n’y fait ; le consommateur accorde un fort crédit à cette démarche de qualité pour son impact en matière d’environnement et de nutrition. Et oui, le consommateur est rationnel : quand on lui garantit que c’est bien produit alors c’est forcément bon pour lui…

Il semble évident qu’il faille davantage communiquer sur nos métiers ; qu’il faille beaucoup plus de transparence et de pédagogie dans les filières. Il est impossible de laisser se creuser de telles divergences entre la perception consommateur et la réalité scientifique.

Alors oui, il est urgent de recréer du lien et de la cohérence. Je crois qu’au sein de Bleu-Blanc-Cœur (www.bleu-blanc-coeur.org) c’est typiquement ce que nous avons réussi au travers d’une approche collective, concertée et étayée de connaissances scientifiques nombreuses.

  • Quels enseignements ? Quelles perspectives ?  Comment agir ?

Il devient urgent d’apprendre à mieux communiquer sur nos métiers, nos produits et no savoir-faire ! L’agriculture nous nourrit. Elle fait vivre des milliards des consommateurs et travailler des millions d’autres.

Alors comment faut-il agir ? Comment lutter contre ces orientations marketing du marché de l’alimentaire qui nous sont le plus souvent imposées ? En guise d’exemple, je retiendrai l’intervention de M. Chausson (Sodiaal, Candia) qui nous explique que toutes les études réalisées auprès des consommateurs français montrent qu’il y a zéro attente en matière de garanties sur l’alimentation OGM en ce qui concerne les achats des produits laitiers. Et pourtant, l’Allemagne s’est lancée sur ce créneau entrainant dans son sillage tous les distributeurs européens et ainsi l’ensemble de la filière laitière (producteurs compris). Se pose la question de la création de valeur associée à cette initiative. On peut d’ores et déjà penser qu’elle sera nulle pour le consommateur (car non attendu). Qu’en sera-t-il pour les éleveurs, les industriels et la distribution ? Comment créer de la valeur sur un argument non souhaité par les consommateurs qui ajoutent des contraintes nouvelles de contrôle qualité en amont des filières et qui finalement ne sera pas valorisé en aval car cela deviendra un dû minimum – non créateur de valeur…

Une chose est certaine, c’est qu’il va falloir se former et de forcer à mieux et plus communiquer. Ellen Goddard nous interpelle sur les résultats d’une étude qu’elle a menée au Canada. Les consommateurs canadiens rejettent avec force la possibilité de vacciner les porcelets pour les aider à lutter contre les maladies. L’issue pourrait être d’avoir des porcs naturellement modifiés qui ainsi ne seraient pas vaccinés. Reste à savoir si le consommateur s’y retrouve au final ! Elle nous sensibilise au fait que le consommateur canadien accepte avec beaucoup de sens civique la vaccination des enfants et pourtant rejette avec violence cette idée pour les animaux. Tout cela est très inspirant

Dans la même veine, comment les métiers des productions animales vont pouvoir répondre à certaines questions dérangeantes sur le bien-être animal ? C’est un fait qu’en production porcine il existe un taux de pertes importants dans les élevages (autour de 20% de mortalité). Doit-on tendre le flanc à la critique ou prendre en main le sujet en y apportant une réponse qui à la fois intègre des vérités bonnes à savoir et un changement des comportements ?

Parmi les vérités bonnes à dire, il est certain que la recherche de la productivité à outrance n’est pas la panacée. Pourquoi faire naitre plus de porcelets que le nombre que la truie est capable d’élever ? Est-ce raisonnable d’un point de vue, technique, médical et économique ? N’est-ce-pas en lien avec une mortalité accrue en élevage ? D’autre autre côté, il est important de se reconnecter à nos racines. Chacune des espèces animales a un fonctionnement bien spécifique. Pourquoi les poissons mettent au monde des milliers d’alvins pour au final n’en voir grandir qu’une quantité infime ? Pourquoi l’homme ne donne naissance qu’à un (voire deux) bébé à la fois et amène ces enfants jusqu’à l’âge adulte sans risque de mortalité fort. En ce qui concerne le porc, ne serait-ce pas une espèce intermédiaire pour laquelle un taux de mortalité minimum est logique ?


En conclusion, il est certain qu’il faille bénéficier de la science pour objectiver des connaissances et aussi pour donner au consommateur la possibilité de mieux appréhender son alimentation. Tout cela nous conforte chez Bleu-Blanc-Cœur dans la démarche de double obligation de moyens et de résultats que nous avons mise en place. La qualité, les engagements pris par les agriculteurs et éleveurs, se mesurent et s’expliquent. Ils sont accessibles à tous : à l’éleveur, au transformateur, au distributeur, au scientifique et bien entendu au consommateur qui ainsi se voit rassurer et conforter dans ses choix alimentaires.  

Nous sommes aussi les pionniers d’une démarche collective en agriculture autour d’un objectif de durabilité et de santé dans les filières agricoles. Nous avons très tôt compris l’enjeu de la communication et de la pédagogie pour redonner du lien entre les acteurs qui font notre alimentation de tous les jours et les consommateurs. Nous avons su mobiliser des communautés d’éleveurs, de producteurs, de professionnels de la santé, de scientifiques, des consommateurs et des chefs cuisiniers autour de ce projet d’agriculture plus vertueuse pour la santé des hommes, des animaux et de notre environnement. Nous sommes convaincus que c’est collectivement que nous gagnerons le pari de la qualité et de la différenciation vertueuse avec des impacts positifs pour tous.

Bientôt un outil, une application digitale Bleu-Blanc-Coeur, permettra simplement et efficacement aux communautés de se mettre en synergie (lancement au 15 octobre).

Nathalie.